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Origine des chemins de Compostelle

Au Moyen Âge, Saint-Jacques de Compostelle comptait parmi les trois grands lieux de pèlerinage auquel tout bon Chrétien se devait d’aller. À l’époque, les Chrétiens se rendaient à Rome pour se recueillir sur les tombeaux de Pierre et Paul, à Jérusalem et… à Saint-Jacques de Compostelle. Pourquoi un tel engouement pour ce lieu aussi éloigné des origines de la religion, ou du siège de son autorité ? La petite ville espagnole est en réalité la dernière demeure de Saint Jacques, dont la vie fut étroitement liée à celle du Christ.

Jacques, l’un des douze apôtres, est le fils de Zébédée et de Salomée, et le frère de Jean, le futur évangéliste. Il part évangéliser l’Espagne. Mais sa prédication en ces terres aurait été un échec. L’apôtre revint en Palestine. Vers 44 après Jésus-Christ, sous les ordres du roi Hérode, Jacques fût martyrisé et décapité.

Afin de revenir enterrer leur ami en terre d’Espagne, ses compagnons recueillirent sa dépouille et la placèrent dans une embarcation, qui vint s’échouer à Padron, sur les côtes de Galice.

En l’an 813, c’est l’ermite Pelagius qui, en rêve, a une vision du tombeau de Saint Jacques, guidé par une étoile vers un champ (le champ de l’étoile, soit « campus stellae » en latin), qui deviendra Compostelle. L’évêque d’Iria Flavia, Theodomir, fait effectuer des fouilles. On exhume alors ce qu’on pense être les restes de Saint Jacques.

À la nouvelle de cette trouvaille, c’est un cri de joie dans toute la Chrétienté. Après la découverte, à Rome, de la tombe de Pierre, et donc pour la seconde fois depuis la mort du Christ, on découvre les restes de l’un des douze apôtres. Alphonse II fait ériger une basilique sur le tombeau, et bientôt se précipitent les foules accourues de l’Europe entière, pour toucher et adorer les précieuses reliques.

À cette époque, l’Espagne est en proie aux invasions des Maures. Alphonse II et Ramiro Ier, souverains des royaumes de Galice et des Asturies, ont alors l’idée d’une reconquête du territoire, passant par la consolidation du pouvoir royal. La religion y jouera un rôle décisif.

Les Sarrasins s’emparent du sanctuaire en 997, mais celui-ci est vite repris par les Chrétiens. Compostelle devient un des symboles de la Reconquista, et Saint Jacques prend le surnom de « matamore », le tueur de Maures.

Du xie au xive siècle, 500 000 pèlerins se rendent chaque année sur ces lieux sacrés ; une affluence en partie expliquée par la prise de Jérusalem par les Turcs au milieu du xiiie siècle, qui empêchent les Chrétiens de s’y rendre. Les « Jacquets » venus des quatre coins d’Europe tracent quatre voies principales, ponctuées d’abbayes et de chapelles qui sont autant de centres de repos et de prière pour les voyageurs. Au terme d’un long périple, le pèlerin se voit remettre une coquille, signe d’un accomplissement aussi physique que spirituel : il est devenu un « marcheur de Dieu ».

À partir du xve siècle, les conflits d’intérêt et religieux diminuent la fréquentation des Chemins de Compostelle ; le pèlerinage ne reprendra qu’au xxe siècle. Désormais, malgré la diminution du sentiment religieux dans les pays occidentaux, croyants et athées s’y retrouvent.

La voie du Puy-en-Velay (ou Via Podiensis) est la plus fréquentée des quatre grandes voies françaises. Elle est aussi la plus ancienne, puisque l’évêque du Puy-en-Velay, Godescalc, serait le premier pèlerin français à avoir pérégriné jusqu’à Compostelle en 950-951.

Le périple qui mène à Saint-Jacques de Compostelle reste mémorable par la beauté des paysages traversés et les contacts humains que l’on y noue.